L'homme du monde
Dans son regard on pouvait mesurer les kilomètres qu'il avait laissé derrière lui. Un long chemin qui contenait des larmes et du sang. Pas seulement ceux qu'il avait versé. Les larmes des âmes qu'il avait croisé sur sa route. Le sang de ses compagnons de galère. Chacun cheminait, son histoire dans le dos tel un lourd fardeau qui parfois leur faisait courber la tête. Pourtant il ne voulait jamais ployer sous les souvenirs douloureux. Il se tenait droit et fier. Son cœur emplis de l'amour des siens lui tenait lieu d'autel des souvenirs. Il avait quitté son pays, son pays ne l'avait pas quitté. Dire au revoir avait été un déchirement pour lui qui aimait sa terre natale comme une partie de lui même. Il avait été arraché à son pays comme on arrache un nouveau né du sein de sa mère.
Sur sa peau on voyait les cicatrices qui racontaient la violence. Elles étaient le témoin de son histoire, de ses combats et de sa résilience. Sa peau d'ébène marquée par cette période sombre qui resterait le point de départ du reste de sa vie. Ses cicatrices comme un tatouage imposé qu'il avait accepté comme une partie de lui. Chaque jour ses yeux se posaient sur ses marques qui lui rappelaient l'espace d'un instant d'où il venait. Il ne laissait pas cela le définir, ni contrôler sa vie. C'était le passé. Un passé qu'il savait présent mais qui ne déterminait pas sa trajectoire.
Dans son sourire on lisait une promesse à la vie. Les espoirs qu'il portait pour lui et les siens restés là bas. Libre, il ne l'était qu'a moitié car il ne pouvait plus retourner là bas, chez lui. Il était enchainé à un pays qu'il n'avait pas vraiment choisi mais qu'il apprenait à aimer. Ses racines n'étaient pas ici, elles ne le serait jamais. Il souriait souvent. D'un sourire franc et honnête. Il savait qu'il avait trouvé asile et sécurité au sein de cette nouvelle patrie. Son sourire était empli d'une gratitude bienveillante. Rien n'était acquis et il travaillait chaque jour à accomplir ce pour quoi il se savait destiné.
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