Dépressive de M.

 


Tu m'as dis des mots durs. Sur toi. L'état. La photo glacée dans laquelle tu vis. Prisonnière d'une image qui se rejoue chaque jour. Sans action, telle un ruban de cassette coincé. Si on tire trop fort il se casse. Tu t'es jugé. Je t'ai consolé maladroitement. Pas de mots puissants. Juste une menace de violence par le fouet. Qui laisserait des morsures cuisantes sur ta peau laiteuse. La violence évidemment n'est pas la réponse. Et de réponse je n'en ai pas. Quand deviens t'on une dépressive sans éclat ? Quelle est la saveur d'une madeleine sans sucre? Quelle est la saveur d'une image floue? Que vois t'on la seconde durant laquelle on cligne des yeux? Un clin d'oeil suffit il à se relever? Je ferais demain, peut être pas. Je ferais un jour. Peut être tout à l'heure. Je ne fais pas, je suis coupable. Jugée sur l'autel des gens sains. Qui font des listes et s'y tiennent. Ne se demandent même pas s'il est possible de laisser une tâche en suspens. Car la tâche laisse des traces, et il faut que tout sois propre. Net et ordonné. Comme la pensée d'une grenouille de bénitier. Mais la messe on y va pas. Se confesser c'est surfait. Confesser la dépression comme si c'était une tare. Ce que tu cherches c'est la guérison, pas le pardon. Quand agir demande des ressources perdues, on n'agit pas. On cherche une boussole magique qui nous sortirait de la torpeur. Si je l'avais je te la tendrais. Pour te voir déployer les ailes qui s'enfoncent dans ton dos. Si je savais te tendre la main comme tu l'attends je le ferais. Je te la tends quand même et je t'espère demain sur le quai de la guérison.

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